Claire Musiol

 

Cet homme intrigué qui marche en regardant la copine d’Egon Schiele m’en rappelle un autre tout pareil, pris dans la vitesse d’autres images qui défilent…


Il roule à en perdre haleine dans les rues gorgées de soleil. L’air encore frais du mois d’avril gonfle son blouson et pourrait lui donner froid mais sa course folle fait perler sur son dos de fines gouttelettes de sueur. Les quelques jardinières qui ornent les gardes corps en fer forgé des fenêtres arborent des tulipes et des pensées, parfois du linge qui tente de sécher dans la pâleur du soleil : ici une serviette éponge jaune canari, là une culotte en dentelles. Qu’importe ! – Il traverse la ville pieuvre. Il a l’habitude du vélo et parvient à observer la vie en roulant. Il regarde les couples et leurs marmots qui s’arrêtent de justesse en bordure de trottoir, les vieux avec des cannes à n’en plus finir qui traversent une rue pendant qu’il traverse un arrondissement, et puis les belles filles, celles qu’il impressionne peut-être en filant sur l’asphalte.


Extrait de la nouvelle « Plus rien ne sera jamais comme avant », du recueil: « Les Bonnes nouvelles arrivent surtout quand on ne les attend pas », Claire Musiol