Claire Musiol

 

Rouler vers l'ouest c'est rouler vers le soleil couchant. Et rouler vers l'ouest sur une autoroute américaine c'est rouler droit sur lui.

Les lunettes fumées ne suffisent plus. Il faut porter une casquette pour ombrager le regard.

Une visière c'est même mieux. Ça descend plus bas sur le front. Ça s'ajuste à la lumière.

A cette heure-ci, sur l'Interstate 40, on ne croise plus que des camions.

Des mastodontes blancs avec des tubes chromés qui crachent de la fumée par-dessus leurs cabines.

Il n'y a qu'eux, et nous, tous préparés à affronter l'astre flamboyant.

Et voilà! Les rayons traversent déjà le pare-brise et arrivent droit sur l'œil.

Le pare-soleil est depuis longtemps inutile.

(…)

Qu'importe!

La providentielle montagne m'offre son ombre.

De l'autre côté, il ne restera du soleil qu'une auréole fondue, qu'une ombre de lui-même.

Et on roulera dans cette ombre et dans l'ombre de son ombre et dans l'aube de la nuit et dans le jour de la nuit jusqu'au bout de l'Ouest, là où il se couche à son tour, sur une plage du Pacifique.


Extrait de « Rouler vers le soleil couchant » - Claire Musiol Blog